La bataille judiciaire autour de « Once Upon a Time in Shaolin », l’album unique et mythique du Wu-Tang Clan, franchit un nouveau cap. Martin Shkreli, ancien dirigeant pharmaceutique déchu, a déposé une plainte reconventionnelle devant un tribunal fédéral de Brooklyn, visant à la fois RZA, le producteur Cilvaringz, et le collectif d’art numérique PleasrDAO. Au cœur du litige : la propriété des droits d’auteur de l’œuvre la plus rare de l’histoire du hip-hop.
Dans cette procédure, Shkreli affirme que son acquisition de l’album en 2015, pour un montant qu’il estime à 1,5 million de dollars, incluait non seulement l’objet physique : un coffret de deux disques enfermé dans une boîte en alliage argent-nickel, mais aussi 50 % des droits d’auteur. Si le coffret a été confisqué par le gouvernement américain en 2018 afin de satisfaire une saisie liée à sa condamnation pour fraude financière, Shkreli soutient que ses droits immatériels n’ont jamais été concernés par cette mesure.
Selon la plainte, le contrat initial prévoyait même que les 50 % restants des droits lui soient transférés en 2103, une clause emblématique de la vision quasi mythologique entourant le projet. Shkreli accuse aujourd’hui RZA et Cilvaringz d’avoir procédé à une « vente en double », en cédant cette participation à PleasrDAO pour 750 000 dollars en 2024, ce qui reviendrait, selon lui, à avoir « vendu 150 % des droits d’auteur ».
PleasrDAO, un collectif décentralisé spécialisé dans l’acquisition de biens culturellement significatifs, avait acheté le coffret physique de Shaolin au Department of Justice en 2021 pour environ 4 millions de dollars. Trois ans plus tard, le collectif a poursuivi Shkreli, l’accusant d’avoir violé l’accord de vente initial en diffusant des extraits de l’album en streaming. En septembre dernier, la juge fédérale Pamela Chen a autorisé cette procédure à se poursuivre, estimant que la valeur de l’album reposait sur son exclusivité et l’« expérience » qu’elle permet de créer.
L’avocat de PleasrDAO, Steven Cooper, a vivement critiqué la démarche de Shkreli, qualifiant sa stratégie de tentative répétée de diversion et de retardement. Les représentants de RZA et de Cilvaringz n’ont pas commenté à ce stade.
Figure tristement célèbre depuis l’affaire Daraprim et surnommé « Pharma Bro », Shkreli a été libéré par anticipation en 2022 et reste interdit d’exercer dans l’industrie pharmaceutique. Plus de dix ans après sa création, « Once Upon a Time in Shaolin » demeure ainsi un objet culturel hors norme, dont le destin continue de se jouer autant devant les tribunaux que dans l’histoire du hip-hop.